Insatisfaits de leur Gouvernement, les Jeunes Sénégalais évoquent la Recherche D’emploi comme Principale Raison D’émigrer / Dissatisfied with their Government, Young Senegalese People Cite the Search for Work as the Main Reason for Emigrating

Ousmane Djiby Sambou

13 Nov 2020

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In one week in October 2020, at least 200 people perished off the coasts of Senegal and Mauritania. The shipwrecks of pirogues leaving Senegal follow one another. According to the International Organization for Migration (IOM), 414 people have died trying to return to Europe since last January, and in September alone, 14 boats carrying 663 migrants left Senegal. The deadliest shipwreck of 2020, according to the IOM, is the one that claimed 140 victims, drowned in a pirogue accident off the Senegalese coast. In a context where young migrants choose what is commonly called "Barça or Barsakh" (meaning to arrive in Barcelona (Spain) successfully or to perish trying), some voices are raised to denounce "the indifference of African leaders" and the "silence" of the Senegalese government in the face of these disasters. Other observers speak of failed policies. However, more than 1,000 billion CFA francs have reportedly been invested "in vain" in the framework of the emergency trust fund for the fight against the root causes of irregular migration, financed by the European Union. Even if migrants are diverse in terms of age, most of them are young people, and the issue of youth employment is a concern that dominates the burning issue in Senegal following the tragedies that have occurred. To better understand this phenomenon, data from the most recent Afrobarometer survey in Senegal, conducted at the end of 2017, informs us that job search is the main motivation of young people thinking of emigrating, followed by economic difficulties. Also, unemployment is cited by young people as the top of the most important problems that the government should solve. / En une semaine en octobre 2020, au moins 200 personnes ont péri aux larges des côtes sénégalaises et mauritaniennes. Les naufrages de pirogues quittant le Sénégal se succèdent. Selon l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), 414 personnes ont péri en voulant regagner l’Europe depuis janvier dernier, et rien qu’en septembre, 14 bateaux transportant 663 migrants ont quitté le Sénégal. Le naufrage le plus meurtrier de l’année 2020, selon l’OIM, est celui qui a fait 140 victimes, morts noyés dans un accident d’une pirogue au large des côtes sénégalaises. Dans un contexte où les jeunes migrants choisissent ce qui est communément appelé « Barça ou Barsakh » (signifiant arriver à Barcelone (Espagne) avec succès ou périr en essayant), certaines voix s’élèvent pour dénoncer « l’indifférence des dirigeants africains » et le « mutisme » du gouvernement sénégalais face à ces catastrophes. D’autres observateurs parlent d’échec des politiques. Pourtant, plus de 1.000 milliards de francs CFA aurait été investi « en vain » dans le cadre du fonds fiduciaire d’urgence pour la lutte contre les causes profondes des migrations irrégulières sur financement de l’Union Européenne. Même si les migrants sont divers en termes d’âges, la plupart sont des jeunes, et la question de l’emploi des jeunes est une préoccupation qui domine l’actualité brûlante au Sénégal suite aux drames survenus. Pour mieux comprendre ce phénomène, les données de la plus récente enquête d’Afrobarometer au Sénégal, menée en fin 2017, nous informent que la recherche d’emploi est la principale motivation des jeunes qui pensent à émigrer, suivie par les difficultés économiques. Également, le chômage est cité par les jeunes comme étant le top des problèmes les plus importants que le gouvernement devrait résoudre. En 2017, la moitié des jeunes affirmaient avoir pensé à émigrer, et la majorité d’entre ceux-ci avaient déjà des plans de partir dans un ou deux ans. L’Europe est la principale destination à laquelle ils/elles ont pensé, suivi par l’Amérique du Nord. En plus de cela, une écrasante majorité des jeunes se disent insatisfaits de la réponse du gouvernement en ce qui concerne la création d’emplois et la prise en compte des besoins des jeunes. A cela s’ajoute le fait que les jeunes estiment que leurs représentants élus ne les écoutent pas. Echec des politiques ou désespoir des jeunes, les migrations clandestines semblent être loin de connaître leur épilogue.